Posts Tagged ‘Mayotte’

Droit du sol – Charles Manson

12 April 2009

Alors que Mayotte vient de voter, sans trop savoir pourquoi, pour son accession au statut de département, Charles Manson sort cette imposante BD qui pose un regard à la fois acéré et bienveillant sur cette île. Des mots et des images justes sur les absurdités et les merveilles sur ce bout de terre tropicale. Ça commence ainsi :

MAMOUDZOU (AFP) — Quatorze personnes ont péri et sept étaient toujours portées disparues vendredi soir, 24 heures après le naufrage, au large de Mayotte, d’une barque chargée de clandestins en provenance des Comores venus chercher fortune sur l’île française de l’Océan indien. Selon les témoignages des rescapés, le “kwassa”, une barque de pêche traditionnelle, transportait 33 personnes, dont 7 enfants. Il a sans doute heurté un platier, c’est-à-dire un haut-fond de corail découvrant à marée basse. C’est un pêcheur qui a découvert le naufrage. Il a réussi à sauver huit personnes en les déposant sur une plage, avant de donner l’alerte à 01H05 locales vendredi. Le PC de l’action de l’Etat a aussitôt été activé pour suivre le déroulement des opérations. Toute la nuit, une vedette de la police de l’air et des frontières, une autre de la gendarmerie ainsi qu’un navire de la gendarmerie maritime ont participé aux recherches, renforcées par un ULM au lever du jour.Quatre naufragés supplémentaires ont ainsi pu être secourus. Un précédent naufrage de “kwassa”, le 24 juillet, avait fait six morts et seize disparus à un kilomètre à peine des côtes.

A lire donc.

Casterman / 440 pages / 24 €

Mon voisin est un artiste

4 December 2006

Il faudrait que j’écrive un jour une nouvelle avec mon voisin mauricien comme héros. Non un roman même. Un moustachu au ventre aussi large que son sourire, toujours à traîner autour de son pickup à la vitre obstruée par un sac poubelle noir. Un jour je le déniche au bord d’un cimetière à faire des trous à la pioche avec ses maçons, juste à l’endroit où je suis sensé refaire un bout de route, un parking, de l’éclairage et quelques aménagements pour faire bien. Il va faire une clôture. Évidemment je ne suis pas au courant, il bosse pour la Mairie et moi pour l’Equipement en contact avec le Conseil Général, tout ce petit monde se voit au moins tous les deux jours, joue au foot ensemble, se marie, voire plus, mais impossible de se tenir au courant. Bon.

Petit à petit ça pousse, un petit muret d’abord, assez costaud pour résister simultanément à un cyclone, un tremblement de terre et au crash d’un avion de combat plein de pétards chirurgicaux. Les locataires du cimetière doivent se sentir rassurés. Le soir, on en discute. On se comprend pas forcément mais ça ne gâche rien. Il y a quelques jours il m’attendait impatiemment. Oui j’avais vu son œuvre, trois arches de béton dressées dans la journée, pas une identique, toutes trois aussi jolies que peuvent l’être des blocs de béton armé fusant vers un ciel nuageux. Et puis il y a eu les balustres. De jolies balustres de béton de style arabo-rococo, du très rare ici, tellement rare que depuis que son fournisseur est en tôle pour des arnaques quelconques il sait plus comment finir sa funèbre muraille. C’est là que le bougre commence à sacrément me plaire, car il est démerdard en plus. Il récupère de la résine à bateaux, fait un moule, puis sept autres, colle un gars modérément déclaré devant qui lui produit huit balustres par jour, et chope un autre chantier en attendant d’avoir un petit capital de 400 balustres dans son jardinet pour finir son chantier. Chapeau. En plus il est rassurant, il va rajouter un petit chaînage de béton bien armé au dessus de tout ça histoire que ça passe les siècles sans soucis, et me promet d’achever son œuvre par un barbouillage général en blanc. Avec un touche de vert sur les arcades. Ça va péter.

Ah oui, et hier il me voit sortir de chez moi chargé par des pagaies alors que la tempête fait rage. Il intervient promptement et m’interdit de sortir en mer pour vérifier l’amarrage du bateau : il ne veut pas “perdre un ami”.

Merci l’artiste.

la case SIM, vie d’un modèle d’habitat adapté

11 December 2005

Tsoundzou 1, 11 décembre 2005.

Un gosse me salue en passant, du haut du plateau de cette camionnette qui me double. « Bonjour Sylvain !» Enchanté, je me demande d’où il me connaît. 6-7 ans, un sourire splendide et des fringues un peu crades, le portrait craché de la moitié des gosses que je croise tous les jours dans les quartiers pourris où je traîne mes tongs oranges. Et moi qui sue sang et eau en courant le long de la route par ce début de soirée moite de saison des pluies…

Support

Téléchagements : laCaseSIM (.pdf) | Modele Piment (.pdf)

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Et la France outre-mer s’endort en silence

11 November 2005

La fumée pique les yeux. Le feu, encore, dans une banlieue française. Pas une bagnole de plus qui s’apprête à grossir ces chiffres qui servent tous les matins à jauger le climat social français. L’automobile embrasée, nouvel étalon de mesure des tensions sociales d’une presse autiste. Non, pas une bagnole. Un amas de bois et de tôles, des lambeaux de tissus, une affiche publicitaire, une bassine en plastique et un bout de clôture en bambous ; les restes d’une case dans le godet d’un tractopelle qui s’en va finir dans les flammes d’un feu qui cache bien sa joie. Des maisons de tôle qui s’effondrent une à une sous les coups des engins, sous les efforts silencieux de ces familles aux regards hésitants et aux visages fermés. Le fracas des marteaux et des bulldozers qui résonne sous le soleil tenace de cette saison chaude qui commence. Qui commence à peine.

A Tsoudzou 1, à Mayotte, cette petite île de l’océan indien au statut hésitant mais bel et bien française, on décase en silence.

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