Avant le lac n’y était pas, mais le village y était, lui. Un matin un homme du village part ramasser le pot de terre plein de nourriture qu’il avait laissé le soir. Il l’avait laissé là pour attirer les termites, très appréciées par ses poussins.
Et là où il n’y avait que la brousse, il y avait le lac.
Tous les villageois viennent alors pour constater le miracle, et très vite ils vivent avec le lac. Certains deviennent pêcheurs car ses eaux sont riches en poissons, les femmes viennent y laver le linge ou le mil, et tous viennent s’y baigner. Cela dure un an et demi. Des mois pendant lesquels personne ne se demande pourquoi et comment le lac est apparu pour leur donner tous ses bienfaits. Mais un jour l’eau disparaît.
Dans la nuit le lac est parti, aussi vite qu’il était venu.
Les poissons sont tous au fond et risquent de mourir au soleil, alors les villageois se précipitent pour les protéger avec des feuilles de cocotiers. Puis le chef du village décide d’aller voir le charlatan pour comprendre se qui se passe. Il faut aller vite, les poissons vont mourir.
Tous se pressent autour de la case du charlatan qui après avoir consulté les oracles, leur explique enfin : « Le lac est arrivé et personne ne lui a demandé d’où il venait. Le lac est arrivé et personne ne lui a donné à manger. Quant un étranger arrive chez vous, vous lui demandez d’où il vient. Quant un étranger arrive chez vous, vous lui donnez à manger. Mais vous n’avez rien fait pour le lac, vous l’avez mal accueilli, alors il est parti. Si vous voulez qu’il revienne, il faut réparer cela. »
Les villageois retournent alors à l’endroit où se trouvait le lac et font une grande cérémonie, la plus grande des cérémonies. Les tam-tams tonnent toute la nuit, ils sacrifient des poules blanches, des chèvres, et même des bœufs.
Dans la nuit le lac est revenu, aussi vite qu’il était parti, à la joie de tout le village.
Depuis tous les ans les villageois font une grande fête pour le lac, pour l’accueillir à nouveau, et le nourrir par des sacrifices. Et depuis, le lac est resté.
D’après le récit d’Abdoulayé Tou – 9/04/2003 – Burkina Faso