La Linea Gialla

25 July 2009

11.07.2009

Aéroport de Nantes. Salle d’embarquement. Je pars sans trop savoir où, ni pourquoi, et qu’importe.

13.07 – Rapallo

Un gamin, perché sur son balcon regarde pensivement mon train passer. Ou peut être fixe-t-il la mer, qui s’étire doucement dans le petit matin. En route pour Monterrosso.

Sommeil peuplé de rêves précipitamment oubliés au petit jour. Peut être le blanc de ce sympathique resto du port d’hier soir.

Gare de Levanto, descente à la prochaine. Repris par cette envie de me taire. Envie propre au voyage.

Read the rest of this entry »


Droit du sol – Charles Manson

12 April 2009

Alors que Mayotte vient de voter, sans trop savoir pourquoi, pour son accession au statut de département, Charles Manson sort cette imposante BD qui pose un regard à la fois acéré et bienveillant sur cette île. Des mots et des images justes sur les absurdités et les merveilles sur ce bout de terre tropicale. Ça commence ainsi :

MAMOUDZOU (AFP) — Quatorze personnes ont péri et sept étaient toujours portées disparues vendredi soir, 24 heures après le naufrage, au large de Mayotte, d’une barque chargée de clandestins en provenance des Comores venus chercher fortune sur l’île française de l’Océan indien. Selon les témoignages des rescapés, le “kwassa”, une barque de pêche traditionnelle, transportait 33 personnes, dont 7 enfants. Il a sans doute heurté un platier, c’est-à-dire un haut-fond de corail découvrant à marée basse. C’est un pêcheur qui a découvert le naufrage. Il a réussi à sauver huit personnes en les déposant sur une plage, avant de donner l’alerte à 01H05 locales vendredi. Le PC de l’action de l’Etat a aussitôt été activé pour suivre le déroulement des opérations. Toute la nuit, une vedette de la police de l’air et des frontières, une autre de la gendarmerie ainsi qu’un navire de la gendarmerie maritime ont participé aux recherches, renforcées par un ULM au lever du jour.Quatre naufragés supplémentaires ont ainsi pu être secourus. Un précédent naufrage de “kwassa”, le 24 juillet, avait fait six morts et seize disparus à un kilomètre à peine des côtes.

A lire donc.

Casterman / 440 pages / 24 €


Histoires, par Emmanuel Pourtal

29 April 2008

Quand l’un de mes petits-fils me dit un beau jour “ Mais, Papé, cette histoire tu me l’as déjà raconté au moins trois fois”, je décidais de les écrire une par une, de les numéroter, de les mettre en liasse avec une page blanche entre chaque histoire sur laquelle je pourrais mentionner “Histoire racontée à Pierre, Marc ou Jean le…” Je pourrais même y ajouter une approbation, par exemple “A paru s’y intéresser, a ri ou souri poliment, bide complet, etc.” Je pourrais ainsi, après consultation des appréciations, soit supprimer purement et simplement cette histoire qui ne présente d’intérêt que pour moi-même, soit simplifier, soit en rajouter, soit enfin la transformer pour en faire une fiction, un conte, un roman sans aucun rapport avec la réalité. Mais tout de même en conservant une trame qui la relirait à l’histoire primitive. Décision importante qui me demanderait certainement un gros travail, mais qui stimulerai ma mémoire, naturellement faible, mais en raison de mon grand âge, normalement défaillante.

Téléchargement (.pdf) : HistoiresEmmanuelPourtal

Read the rest of this entry »


Mistral et Brise de mer

26 June 2007

Brise de Mer et Mistral étaient deux cousins de la grande famille des Vents. Brise de Mer arrivait toujours du Château d’If ou du Frioul, deux îles au large de Marseille. Mistral arrivait de Valence, survolait le Rhône et en Avignon, s’engouffrait dans la vallée de la Durance. Et tous deux se rencontraient en Aix. Brise de Mer était petite, douce mais têtue. Mistral était très grand, très coléreux, mais ses colères s’arrêtaient toujours le soir, car Mistral était très « dormiasse » et il lui fallait plus de douze heures de sommeil pour refaire ses forces et même le matin il mettait un gros bout de temps pour retrouver toutes sa colères. Brise de Mer avait bien essayé de discuter avec Mistral, pour le sermonner et lui conseiller de se calmer, mais Mistral parlait tellement fort et faisait tellement de gestes que Brise de Mer, qui n’était pas belliqueuse, haussait les épaules et retournait tranquillement chez elle.

Un jour, deux jours, trois jours… neuf jours, Brise de Mer avait essayé de calmer son méchant cousin. Mais neuf fois elle était revenue dans ses îles, découragée. Les gens d’Aix, énervés par le Mistral, avaient envoyé une délégation à Brise de Mer, la suppliant de revenir chez eux. Mais Brise de Mer leur avait dit « Qu’est-ce que vous voulez, braves gens, j’essaie bien de discuter avec mon cousin Mistral, mais il n’écoute rien et ne veut rien comprendre. Il crie, il gesticule, il me fatigue. » « J’essaierai encore demain et puis c’est fini, je reste chez moi. »

Le lendemain Brise de Mer se leva de très bonne heure, se rendit à Aix, s’installa sur tout le Pays d’Aix de Banon à Venelles et attendit. Mistral qui commençait à être très fatigué de ses neufs jours de colère, arriva très tard à Salon, mal réveillé. Brise de Mer, très calmement mais d’un ton ferme, lui dit : « Cousin Mistral, aujourd’hui tu m’écouteras. Les gens d’Aix en ont assez de tes colères. Ils voudraient bien que tu retournes chez toi pour te reposer. D’ailleurs, je trouve que tu as mauvaise mine et, à mon avis, tu dois couver une méchante grippe. » Mistral se regarda dans une glace et se trouva les yeux gonflés, le teint gris et en tirant la langue la trouva bien blanche. Il remercia sa cousine Brise de Mer et s’en retourna, très las, dans ses rochers de bord du Rhône. Il se rendormit et Brise de Mer put revenir tous les jours se promener tranquillement sur le Pays d’Aix qu’elle aime tant.

Emmanuel Pourtal


Mon voisin est un artiste

4 December 2006

Il faudrait que j’écrive un jour une nouvelle avec mon voisin mauricien comme héros. Non un roman même. Un moustachu au ventre aussi large que son sourire, toujours à traîner autour de son pickup à la vitre obstruée par un sac poubelle noir. Un jour je le déniche au bord d’un cimetière à faire des trous à la pioche avec ses maçons, juste à l’endroit où je suis sensé refaire un bout de route, un parking, de l’éclairage et quelques aménagements pour faire bien. Il va faire une clôture. Évidemment je ne suis pas au courant, il bosse pour la Mairie et moi pour l’Equipement en contact avec le Conseil Général, tout ce petit monde se voit au moins tous les deux jours, joue au foot ensemble, se marie, voire plus, mais impossible de se tenir au courant. Bon.

Petit à petit ça pousse, un petit muret d’abord, assez costaud pour résister simultanément à un cyclone, un tremblement de terre et au crash d’un avion de combat plein de pétards chirurgicaux. Les locataires du cimetière doivent se sentir rassurés. Le soir, on en discute. On se comprend pas forcément mais ça ne gâche rien. Il y a quelques jours il m’attendait impatiemment. Oui j’avais vu son œuvre, trois arches de béton dressées dans la journée, pas une identique, toutes trois aussi jolies que peuvent l’être des blocs de béton armé fusant vers un ciel nuageux. Et puis il y a eu les balustres. De jolies balustres de béton de style arabo-rococo, du très rare ici, tellement rare que depuis que son fournisseur est en tôle pour des arnaques quelconques il sait plus comment finir sa funèbre muraille. C’est là que le bougre commence à sacrément me plaire, car il est démerdard en plus. Il récupère de la résine à bateaux, fait un moule, puis sept autres, colle un gars modérément déclaré devant qui lui produit huit balustres par jour, et chope un autre chantier en attendant d’avoir un petit capital de 400 balustres dans son jardinet pour finir son chantier. Chapeau. En plus il est rassurant, il va rajouter un petit chaînage de béton bien armé au dessus de tout ça histoire que ça passe les siècles sans soucis, et me promet d’achever son œuvre par un barbouillage général en blanc. Avec un touche de vert sur les arcades. Ça va péter.

Ah oui, et hier il me voit sortir de chez moi chargé par des pagaies alors que la tempête fait rage. Il intervient promptement et m’interdit de sortir en mer pour vérifier l’amarrage du bateau : il ne veut pas “perdre un ami”.

Merci l’artiste.


Retour à Moroni

21 November 2006

13.11.2006

Anjouan. Quinze minutes d’arrêt. L’aérogare a commencé à se refaire une beauté depuis mon dernier passage. Même nonchalance en bord de piste, chantier langoureux, uniformes variés et bruissement des conversations à l’ombre. L’équipage attend tranquillement la chargement sous l’aile du petit coucou de Comores Aviation.

Une belle dame à poids bleus nous accueille à l’aéroport de Moroni en slalomant entre les diverses formalités d’arrivée. Le taxi providentiel qui devait nous attendre a manifestement oublié d’apparaître. Attente et discussions avec vue sur le parking paysager, vide. Performances olympique à Atlanta, commerciales à Maurice, fort sympathique cette météorologue.

L’attente c’est le voyage, ou bien l’inverse. Moroni et ses habits du soir, à l’heure ou les commerçants plient boutique, mêlant le chant des cadenas à celui des mosquées qui font salle comble. A côté de cette jolie placette, le “cybercafé de l’île” et la “boucherie de l’île” font local commun.

Read the rest of this entry »


à Moroni

20 April 2006

15/04/2006

Pamandzi. L’aéroport s’estompe sous le voile de pluie qui l’enserre. Les badamiers cèdent sous les bourrasques. Les sacs sont en soute, l’avion attend une hypothétique accalmie pour prendre son élan. J’attends au sec en regardant la pluie tomber.

Quelques heures sur un banc. Vingt minutes enfermés dans un bus pour faire cinquante mètres, mais le départ à l’air imminent. J’ai faim.

Read the rest of this entry »


Nuit noire

13 February 2006

D’un bout à l’autre du continent, elle s’étire la nuit africaine.

Sombre et accueillante, comme cette ruelle faiblement éclairée par quelques lampadaires timides, quelques enseignes modestes. Les feux d’une voiture éclairent péniblement la poussière moite qui brouille la vue, adoucit l’image.

Et ces ombres. Noires encore, assises à l’entrée des maisons, courant dans la rue.

Et ces bruits. Ces bruits surtout qui ne sont qu’à la Nuit Noire. Ces cris, ces paroles, ces chants. Un transistor qui s’emmerde à parler de foot, les coups sourds d’un marteau qui se reposerait bien, une télé solitaire qui gémit doucement, et toutes ces voix qui fusent dans la chaleur, qui pénètrent si profondément les corps.


Mada, premiers pas

28 December 2005

Avertissement : Certains passages sont inspirés de faits réels

28/12/2005

Le temps de traverser le tarmac sous un soleil de plomb, de passer une douane bordélique à souhait et la pluie s’abat en torrents sur le petit aéroport de Nosy Be. On attend que ça passe avec un taximan loquace. Il ne gueulait pas plus fort que les autres lors de l’émeute de sortie, il est juste équipé d’une 305. Excellent choix. Étrange comme mes voyages ont tendance à débuter par du goudron chaud et une banquette défoncée de 305. Souvenirs de Ouagadougou.

Read the rest of this entry »


la case SIM, vie d’un modèle d’habitat adapté

11 December 2005

Tsoundzou 1, 11 décembre 2005.

Un gosse me salue en passant, du haut du plateau de cette camionnette qui me double. « Bonjour Sylvain !» Enchanté, je me demande d’où il me connaît. 6-7 ans, un sourire splendide et des fringues un peu crades, le portrait craché de la moitié des gosses que je croise tous les jours dans les quartiers pourris où je traîne mes tongs oranges. Et moi qui sue sang et eau en courant le long de la route par ce début de soirée moite de saison des pluies…

Support

Téléchagements : laCaseSIM (.pdf) | Modele Piment (.pdf)

Read the rest of this entry »


Et la France outre-mer s’endort en silence

11 November 2005

La fumée pique les yeux. Le feu, encore, dans une banlieue française. Pas une bagnole de plus qui s’apprête à grossir ces chiffres qui servent tous les matins à jauger le climat social français. L’automobile embrasée, nouvel étalon de mesure des tensions sociales d’une presse autiste. Non, pas une bagnole. Un amas de bois et de tôles, des lambeaux de tissus, une affiche publicitaire, une bassine en plastique et un bout de clôture en bambous ; les restes d’une case dans le godet d’un tractopelle qui s’en va finir dans les flammes d’un feu qui cache bien sa joie. Des maisons de tôle qui s’effondrent une à une sous les coups des engins, sous les efforts silencieux de ces familles aux regards hésitants et aux visages fermés. Le fracas des marteaux et des bulldozers qui résonne sous le soleil tenace de cette saison chaude qui commence. Qui commence à peine.

A Tsoudzou 1, à Mayotte, cette petite île de l’océan indien au statut hésitant mais bel et bien française, on décase en silence.

Read the rest of this entry »


Au pays des hommes intègres

23 April 2003

24/03/2003

Salle d’embarquement, encore quelques minutes, puis quelques heures. Stupéfiante sérénité. Silence, juste quelques paroles d’enfants :

- viens voir !

- chut …

Au loin le Vieux Port s’éloigne dans la nuit noire. Mes pieds nus sur la moquette, et les genoux à deux ou trois centimètres du siège de devant. Pas mal de pas être grand. Bizarre, mais j’ai acheté du chocolat pour le vol, quelle idée ? 4h40 de vol, mais je ne verrais pas le désert, trop tard…

Read the rest of this entry »


Le lac a une histoire

9 April 2003

Le lac a une histoire, mais ce n’est pas juste une histoire, c’est comme ça que ça c’est passé, puisque c’est comme ça qu’on le raconte…

Avant le lac n’y était pas, mais le village y était, lui. Un matin un homme du village part ramasser le pot de terre plein de nourriture qu’il avait laissé le soir. Il l’avait laissé là pour attirer les termites, très appréciées par ses poussins.

Et là où il n’y avait que la brousse, il y avait le lac.

Tous les villageois viennent alors pour constater le miracle, et très vite ils vivent avec le lac. Certains deviennent pêcheurs car ses eaux sont riches en poissons, les femmes viennent y laver le linge ou le mil, et tous viennent s’y baigner. Cela dure un an et demi. Des mois pendant lesquels personne ne se demande pourquoi et comment le lac est apparu pour leur donner tous ses bienfaits. Mais un jour l’eau disparaît.

Dans la nuit le lac est parti, aussi vite qu’il était venu.

Les poissons sont tous au fond et risquent de mourir au soleil, alors les villageois se précipitent pour les protéger avec des feuilles de cocotiers. Puis le chef du village décide d’aller voir le charlatan pour comprendre se qui se passe. Il faut aller vite, les poissons vont mourir.

Tous se pressent autour de la case du charlatan qui après avoir consulté les oracles, leur explique enfin : « Le lac est arrivé et personne ne lui a demandé d’où il venait. Le lac est arrivé et personne ne lui a donné à manger. Quant un étranger arrive chez vous, vous lui demandez d’où il vient. Quant un étranger arrive chez vous, vous lui donnez à manger. Mais vous n’avez rien fait pour le lac, vous l’avez mal accueilli, alors il est parti. Si vous voulez qu’il revienne, il faut réparer cela. »

Les villageois retournent alors à l’endroit où se trouvait le lac et font une grande cérémonie, la plus grande des cérémonies. Les tam-tams tonnent toute la nuit, ils sacrifient des poules blanches, des chèvres, et même des bœufs.

Dans la nuit le lac est revenu, aussi vite qu’il était parti, à la joie de tout le village.

Depuis tous les ans les villageois font une grande fête pour le lac, pour l’accueillir à nouveau, et le nourrir par des sacrifices. Et depuis, le lac est resté.

D’après le récit d’Abdoulayé Tou – 9/04/2003 – Burkina Faso